Samedi 7 janvier 2012 6 07 /01 /Jan /2012 17:40

 

we are making a new world

Dans le cadre de l'épreuve d'explication de document en histoire, vous pouvez également traiter une oeuvre d'art. Je vous propose un tableau de Paul Nash; vous connaissez ce peintre car nous avions vu une de ses oeuvres (L'Assaut: dans un paysage enneigé, des soldats sortent de la tranchées, bras balants, avec la certitude de ne pas revenir ).

  • Ce tableau a été peint en 1918 et se nomme "We are making a new world"Il est cité dans l'ouvrage dont je vous ai parlé en classe :L'apocalypse de la modernité . La Grande guerre et l'homme nouveau de l'auteur italien Emilio Gentile. En fait Gentile  décrit le paysage que l'anglais Paul Nash réalise alors qu'il combat sur le front occidental.Voici sa subtile et précise description:

" Un soleil blanc se lève sur d'arides montagnes aux couleurs de sang, ses rayons laiteux jettent une lumière crépusculaire sur un paysage lugubre, peuplé de moignons d'arbres squelettiques, enfoncés dans un terrain bouleversé et nu, semblable à un marécage bouillonnant d'un liquide visqueux et verdâtre. On ne voit aucun animal ni aucun être humain; de l'oeuvre de l'homme pas une trace. Tout est désert et vide. seuls les troncs se découpent ici, épars, tordus, rigides, évoquant de spectrales silhouettes vaguement humaines, vidées de leur humanité par une vénéneuse consomption intérieure ou par un incendie dévastateur, qui a réduit à néant toute forme de vie."

 

Ce que Nash voit, durant sa courte expérience combattante, à la suite de la bataille de Passchendaele (connue sous le nom de 3° bataille d'Ypres), en 1917, transforme radicalement son art et son attitude face à la mort. le paysage que Nash avait vu était pour lui un défi puissant à la nature, dans son printemps naissant. La tableau représente un paysage qui n'est plus qu'un bourbier stérile. Nash exprime par la mort de la nature, la mort des hommes. Dans une lettre à son épouse il a écrit ce qu'il vivait comme une expérience d'apocalypse "le mal  seul peut être le maître de cérémonie dans cette guerre : pas la moindre lueur de la main de Dieu est visible ici."

Le feuJe vous recommande également la lecture du "le Feu de Henri Barbusse avec un assaut dantesque où le soldat fait une description d'un enfer, du chaos. les 4 éléments sont mélangés par l'auteur qui crée des images où il mêle la terre et le feu, l'eau et le vent,... Je les ai mis en gras. Le combattant est agressé par le bruit, les odeurs, les armes, le terrain, ... Je vous laisse découvrir ce texte magnifique et bouleversant: 

"On descend sur le terrain glissant et inégal, avec des gestes automatiques, en s’aidant parfois du fusil agrandi de la baïonnette. (…)

Le talus, de tous côtés, s’est couvert d’hommes qui se mettent à dévaler en même temps que nous. À droite se dessine la silhouette d’une compagnie qui gagne le ravin par le boyau 97, un ancien ouvrage allemand en ruines.

Nous traversons nos fils de fer par les passages. (…)Quelques balles arrivent alors entre nous. (…)

Mais le son de sa voix est emporté : brusquement, devant nous, sur toute la largeur de la descente, de sombres flammes s’élancent en frappant l’air de détonations épouvantables. En ligne, de gauche à droite, des fusants sortent du ciel, des explosifs sortent de la terre. C’est un effroyable rideau qui nous sépare du monde, nous sépare du passé et de l’avenir. On s’arrête, plantés au sol, stupéfiés par la nuée soudaine qui tonne de toutes parts (…). On trébuche, on se retient les uns aux autres, dans de grands flots de fumée. On voit, avec de stridents fracas et des cyclones de terre pulvérisée, vers le fond, où nous nous précipitons pêle-mêle, s’ouvrir des cratères, çà et là, à côté les uns des autres, les uns dans les autres. Puis on ne sait plus où tombent les décharges. Des rafales se déchaînent si monstrueusement retentissantes qu’on se sent annihilé par le seul bruit de ces averses de tonnerre, de ces grandes étoiles de débris qui se forment en l’air. On voit, on sent passer près de sa tête des éclats avec leur cri de fer rouge dans l’eau. À un coup, je lâche mon fusil, tellement le souffle d’une explosion m’a brûlé les mains. Je le ramasse en chancelant et repars tête baissée dans la tempête à lueurs fauves, dans la pluie écrasante des laves(…). Les stridences des éclats qui passent vous font mal aux oreilles, vous frappent sur la nuque, vous traversent les tempes, et on ne peut retenir un cri lorsqu’on les subit. On a le cœur soulevé, tordu par l’odeur soufrée. Les souffles de la mort nous poussent, nous soulèvent, nous balancent. On bondit ; on ne sait pas où on marche. Les yeux clignent, s’aveuglent et pleurent. Devant nous, la vue est obstruée par une avalanche fulgurante, qui tient toute la place.

C’est le barrage. Il faut passer dans ce tourbillon de flammes et ces horribles nuées verticales. On passe. On est passé, au hasard ; j’ai vu, çà et là, des formes tournoyer, s’enlever et se coucher, éclairées d’un brusque reflet d’au-delà. J’ai entrevu des faces étranges qui poussaient des espèces de cris, qu’on apercevait sans les entendre dans l’anéantissement du vacarme. (…). Je me rappelle avoir enjambé un cadavre qui brûlait, tout noir, avec une nappe de sang vermeil qui grésillait sur lui."

Par Renouleaud Regis - Publié dans : Première Histoire
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